A dark dark man, le dernier film d’Adilkhan Yerzhanov , décrit un Kazakhstan corrompu et violent mais étrangement fascinant.
Le film raconte les aventures d’un policier placide, maladroit mais zélé. On balance entre l’univers de Takeshi Kitano (pour la tranquillité avec laquelle la mort est regardée froidement) et celui d’Aki Kaurismäki (pour l’humour des situations tragiques qui caractérisent la vie des délaissés de la société).

Un western contemporain au bout du monde

Ce western avec moults règlements de compte se déroule dans un village perdu, loin de la capitale, dont les attributs (friche industrielle, bâtiments administratifs décatis) signalent l’oubli dans lequel le reste du pays les maintient. Les commissariats, comme les tribunaux, ressemblent à des baraquements abandonnés. Les agents jouent au foot avec des bouteilles en plastique vides.

Et soudain, Ariana, la jeune et très jolie inspectrice nationale, surgit, sanglée dans son trench à la Humphrey Bogart, entraînant peu à peu le flic sans état d’âmes à basculer vers la recherche de la justice. Mais ce renversement psychologique et moral s’effectuera très doucement, et de manière quasi imperceptible pendant les deux tiers du film.

Les personnages secondaires, qui virevoltent autour des deux héros, paraissent relever d’un conte : ce sont des idiots, gentils, qui veulent se marier, et passent leurs journées, soit à dessiner merveilleusement, soit à jouer à cache cache dans les maïs. Autant de victimes potentielles inconscientes, mais la jeune enquêtrice sublime va les sauver, et apporter une lumière dans un paysage d’hiver assombri par les consciences dévoyées.

Un univers profondément corrompu

Très rapidement, le spectateur ne sait plus qui est qui, car tout le monde appartient à la grande famille de la police, mais personne ne témoigne d’une droiture exemplaire, ce qui brouille les cartes.
Aussi, quand tout le système devient irrationnel et perverti, comment survivre et trouver sa voie ?

Dans un premier temps, la réponse est simple: les innocents devront être sacrifiés. Et comme la violence anesthésie la pensée, il suffit de passer à un autre dossier.

L’absurdité dérange

Des absurdités poétiques émaillent le récit: un truand meurt assis au milieu de la route, un règlement de comptes se devine dans une voiture aux vitres embuées, un poudrier tombe lors d’une interpellation et résume à lui seul la féminité bafouée, des dessins aux frontières de l’art brut renvoient à une fraternité joyeuse.

Les grands espaces jouent la métaphore de la petitesse de l’homme. Les acteurs perdus dans cette province sauvage sont réduits aux supputations quant aux intentions des politiques haut placés. Et l’ambiance en teintes soit sombres, soit très blanches, voire aveuglantes, ballotte le spectateur de bout en bout. Il faut se laisser porter dans ce monde irrationnel.

Un système pourri depuis le plus haut niveau du pouvoir

Sur un rythme lent et brutal, inquiétant et drôle, le réalisateur dénonce la corruption effrénée et sans limites et critique le manque d’éducation des responsables politiques et administratifs, qui détruit les esprits et les perd.

Un film corrosif et beau, atypique et à découvrir absolument dès la réouverture des salles…