Mystery Road, série ARTE

Mystery Road, série ARTE

Parmi les séries du moment, ARTE propose Mystery Road, de Rachel Perkins , un western-policier contemporain dans l’Outback, cet arrière-pays de relégation pour les aborigènes.

La drogue, un fléau rampant

A chaque saison, un crime ou un soupçon de crime empoisonne l’atmosphère dans cette zone somptueuse sur le plan paysager, mais très pauvre et gangrenée par la corruption et la drogue.

Le héros, Jay Swan, se présente comme un taiseux, à l’accent rocailleux, au pas tranquille et aux neurones très agiles. Loin des évidences que les acteurs locaux veulent lui faire accepter, il s’efforce de rester neutre, en tant qu’inspecteur venu d’ailleurs et ce, vis-à-vis de toutes les parties prenantes, incluant la sphère des policiers locaux.

La justice vient des femmes

Bien lui en prend car, si ses acolytes femmes sont honnêtes et déterminées à rendre justice, la gent masculine qui commande paraît plus usée et perverse. Les poursuites, les bagarres à main nue ou au pistolet, les scènes de règlement de compte abondent. Mais elle sont ponctuées régulièrement de moments d’apaisement, de panoramiques larges et souvent vus du ciel de l’immensité du désert ou des montagnes, des côtes ou des marais. La musique ajoute au caractère lancinant de la quête du héros. Peu importe l’heure, le confort, la traque se poursuit, en essayant d’éviter les dommages collatéraux.

Car ce qui rend ce héros sympathique c’est aussi sa famille proche, son ex-épouse, sa fille, les enfants d’amis ou de connaissance entrés sous sa protection. Parfois l’ambiance se tend, lorsque les exigences du métier l’emportent sur la vie privée. Cependant l’entraide prédomine dans les coups durs et la clairvoyance des proches contribue à faire gagner du temps au héros.

Une communauté qui dérange

Toujours les communautés aborigènes entourent le policier. Aborigène lui-même, Jay Swan a été envoyé dans ces confins parce qu’il dérange. La série pointe la manière dont cette communauté est perçue et traitée par les Australiens blancs. La misère constitue leur lot quotidien, dans un univers perdu, très beau et sauvage, dans lequel prolifèrent les cartels. La question de l’identité aborigène est valorisée sur le plan artistique (de très beaux tableaux ornent les maisons de riches trafiquants), mais la réconciliation entre les archéologues à la recherche de preuves de l’existence de cette civilisation très ancienne, se heurte aux craintes de dépossession de leurs trésors. La question des restitutions aux pays spoliés par les pays coloniaux par exemple anime encore fortement les débats dans les enceintes muséales internationales.

Une atmosphère fascinante

Au-delà d’une intrigue exotique car aux confins de notre monde, le rythme lent et le mystère créent une fascination certaine. L’ambiance épuisante des lieux et l’immensité des paysages écrasent l’individu et le renvoient à sa fragilité. Un western contemplatif en somme!