La série d’Arte, en 35 épisodes, raconte le quotidien d’un analyste, confronté aux angoisses et troubles de quelques patients, que le spectateur suit du 18 novembre 2015 à janvier 2016, peu de temps après les attentats du Bataclan, à Paris. Cette série est inspirée d’une série israëlienne au départ, qui a été reprise aux Etats-Unis dans In treatment, confirmant l’envie des spectateurs français de s’intéresser de plus près à ce qui agite l’âme et l’esprit.

L’essentiel des épisodes se déroule dans le cabinet de l’analyste, favorisant la concentration sur ce que se joue entre lui et ses patients, qu’ils viennent seuls ou en couple, volontairement, ou envoyés par une institution ou un membre de leur entourage . La série séduit pour diverses raisons. Voici les miennes que j’ai essayé de résumer en 7 points:

  1. Les acteurs, dont la plupart sont déjà très connus au cinéma (Carole Bouquet, Pio Marmaï, Reda Kateb, Clémence Poésy ou Mélanie Thierry), emportent immédiatement l’adhésion. Leur jeu paraît crédible, réaliste, et les personnages qu’ils incarnent sont suffisamment diversifiés pour toucher un maximum de public : une adolescente, championne de natation; un policier de la Brigade d’Intervention d’origine algérienne; une jeune chirurgienne à l’hôpital; un couple qui dysfonctionne et s’interroge sur une grossesse inattendue…

2. La personnalité de l’analyste, le Dr Philippe Dayan, peu décelable au début, s’affirme peu à peu et son regard sur ses patients, comme son histoire personnelle, vont interférer dans le déroulé de l’intrigue et l’influencer de manière déterminante; la crise qu’il vit renvoie au bilan de chacun de nous quant à une expérience professionnelle certaine, questionnée par des circonstances exceptionnelles et extérieures;

3. L’analyste qui supervise le Docteur Dayan, joué par Carole Bouquet, impressionne par la prise de recul qu’elle met en place avec ce dernier. Le tamis de lecture de l’analyse surprend le non spécialiste. Quelle école de psychanalyse domine l’actualité, maintenant et lorsque ces deux professionnels se sont formés? Comment leur relation de complicité peut-elle les amener à dépasser les vieilles querelles dogmatiques et les fantasmes de supériorité de l’un ou l’autre?

4. Le contexte post-attentats, immédiatement après les événements, résonne avec l’histoire de tous les français, sur le plan émotionnel et politique. Aujourd’hui encore, le projet de loi sur le séparatisme rend la question du terrorisme et de l’utilisation de la religion de manière extrémiste incontournable du débat public;

5. Les fragilités de l’enfance et de l’adolescence, la projection dangereuse des fantasmes des adultes sur les plus jeunes, leur domination dans l’imaginaire sentimental et sexuel des enfants, dans certaines familles à la dérive et quel que soit ne niveau social, font écho dans la série avec l’actualité sur la visibilité de l’inceste ou de la violence à l’encontre des femmes;

6. Les cinq histoires qui se déploient, de la crise initiale qui mène à la première consultation, jusqu’à son épilogue, créent un suspense incroyable, bien qu' »en chambre ». Des échos se font jour entre certaines situations, la détresse des patients agit parfois en miroir de celle de l’analyste. L’espoir guide chacun et chacune malgré les obstacles qu’ils mettent à jour, progressivement;

7. L’exploration de la vie intérieure, que nous avons collectivement dû vivre lors de deux confinements liés à la pandémie de Covid-19, demeure un sujet sensible. Les assignations à domicile pendant le couvre-feu, ou la fermeture des frontières évoquent l’enfermement, l’absence de liberté de mouvement, qui est celle que vivent les patients tant leurs obsessions, leurs troubles, les empêchent de vivre ou d’imaginer un avenir plus serein.

Ainsi, la série En thérapie offre la possibilité d’investiguer avec tolérance et transparence la démarche psychanalytique. Ce faisant elle dédiabolise ce type d’accompagnement aux troubles et angoisses, qu’ils soient diffus ou envahissants. Le spectateur est emmené dans la compréhension de l’analyse de manière fine bien qu’accélérée par rapport à la réalité. Regarder la série, c’est se faire du bien en s’interrogeant en miroir, avec bienveillance mais sans mièvrerie, sur ce que nous ressentons. Et pourquoi nous le ressentons.