Fondation Cartier- Sarah Sze

A défaut de pouvoir visiter certaines expositions ou d’assister à des spectacles de danse, internet offre la possibilité d’approcher la création, de comprendre la volonté de transmission des artistes et parfois même de ressentir le pouvoir éminemment plastique de certaines oeuvres grâce à des podcasts innovants. Par ici le récit…

Un globe terrestre en danger, mais qui résiste

A la Fondation Cartier, Sarah Sze imagine des oeuvres qui brouillent les frontières entre intérieur et extérieur. Nos yeux traversent en permanence des surfaces très fines, comme une vitre ou une série de miroirs suspendus en quinconce. Son oeuvre présentée à la Fondation la plus spectaculaire consiste en une sorte de sphère de lumière, qui mêle sculptures et maquettes, et des objets disposés comme des excroissances. La vie qui se déploie dans cette oeuvre aux mille ramifications renvoie à la Terre, notre planète et nous montre sa fragilité. Une évocation poétique, en douceur, de la crise et de notre interdépendance à l’échelle mondiale. Grâce à l’oeuvre d’art, nous réactivons une expérience partagée, une fraternité dans la complexité du moment.

Ce que traduit sa démarche c’est également le besoin tangible d’une sensation tactile au-delà de la possible luxuriance des images numériques. Ce globe, comme le dépeint Bruno Latour, qui accompagne l’artiste dans une promenade -découverte, paraît tout à la fois « low tech » (des plantes qui poussent comme elles peuvent) et aussi « high tech » (des projections sophistiquées). Il respire et nous offre des jeux de perception entre silence et cris d’oiseaux notamment.

Le planétarium, son autre pièce posée au sol, un disque d’acier recouvert de sel, crée une frontière avec les objets réels qui ont été utilisés pour le réaliser, des résidus. L’expérience a été montée à distance dans son atelier new-yorkais. Puis, grâce à des photos et l’envoi des clichés, la reproduction de l’installation a pu être réalisée à la Fondation. Une exposition troublante, proche de nous et de l’autre-côté de l’écran…

La danse, une nécessité en temps de crise

Pour ce qui touche au corps, j’ai regardé l’excellent documentaire sur le chorégraphe Boris Charmatz et le spectacle qu’il a créé pour la dernière journée d’ouverture du Grand Palais, avant sa fermeture pour 4 ans. Un an de préparation, des projets imaginés puis annulés, des collaborations à renouveler en fonction des évolutions de la situation sanitaire: ce parcours du combattant passionne par la dimension épique du projet. Une nef aux dimensions surhumaines et incroyables, un nombre de danseurs très important, une adaptation permanente aux conditions de travail en ont constitué les ingrédients majeurs.

Au-delà du résultat final, cette boucle incessante de duos de danseurs, en hommage à La Ronde, d’Arthur Schnitzler, le spectateur perçoit ce qu’est la création en temps de Covid. Les collaborations avec d’autres chorégraphes comme Emmanuelle Huynh ou Ana-Teresa de Keersmacker ont permis au chorégraphe d’avancer dans sa construction de projet de manière motivante. Ses obsessions d’une danse démocratique, qui fait participer des danseurs non professionnels et handicapés pour certains, rendent la progression du spectacle plus ambitieuse encore. Sa volonté de rendre hommage à des chorégraphies historiques aident à saisir sa manière de transmettre. Ce chemin fascine et donne indiscutablement envie de danser!

Toucher les objets par le biais des sensations auditives

Enfin, la plasticienne Caroline Delieutraz imagine, en partenariat avec le Centre Pompidou et son service jeunesse, une manière de ressentir la physique de certains objets qu’elle ou d’autres artistes ont créés pour être vus et entendus dans leur consistance, sur internet. Nous nous relaxons avec ses paroles et gestes qui évoquent les audio-descriptions télévisuelles. Un bain de tranquillité et d’imaginaire régressif et confortable, qui nous permet de renouer, paradoxalement, avec la matérialité de l’objet. A découvrir sur Instagram @studio1316